La folie humaine ou le sport automobile dans les années 80

Les années 80 sont connues aujourd’hui comme ayant été les années de l’insouciance, de l’excès, et de toutes les folies.  

Quoi de mieux adapté pour conter cette folie que de se pencher sur l’état du sport automobile à cette époque ? 

Aujourd’hui, la Formule 1 est un véritable laboratoire de la sécurité automobile. La Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) a tout fait pour responsabiliser le sport en encadrant les innovations des constructeurs et en pénalisant les conduites dangereuses sur le circuit. Elle s’est véritablement métamorphosée avec le nouveau millénaire, et a pris un visage complètement différent de celui qu’elle avait auparavant. En effet, à l’époque, les régulations concernant la fiabilité des voitures et la sécurité des pilotes étaient plus que ridicules. Par exemple, si aujourd’hui toutes les voitures engagées en F1 sont obligées de concourir avec un carburant de grande consommation, ce ne fut pas le cas à l’époque. Chaque écurie avait le droit de mettre n’importe quel carburant dans leurs voitures. Si à première vue cette liberté apparaît comme un détail mineur, les conséquences sur la discipline ont été non négligeables. Concernant le carburant utilisé, toutes les écuries ont rapidement convergé vers le même : celui de la fusée Appolo 11. Pour mettre ce fait en perspective, il faut bien comprendre que la structure moléculaire de ce carburant rendait les voitures surpuissantes. Cette dernière permettait d’atteindre des puissances aux alentours de 1000 chevaux, pour des véhicules de moins d’une tonne, dont la puissance était uniquement envoyée sur les roues arrière, et sans aucune assistance de conduite. De plus, la structure de ce carburant avait une fâcheuse tendance à provoquer de violentes explosions de moteurs et de s’enflammer lors des pleins pendant les pit-stops, provoquant ainsi la mort de nombreux pilotes. 

Mais évidemment, comment parler de cette période du sport automobile sans parler de la catégorie qui est aujourd’hui considérée par les fans comme l’apothéose du rallye : le groupe B. Pour bien comprendre l’étendue de la folie générale autour de ce sport, il faut préalablement savoir qu’entre la naissance de cette catégorie et celles qui la précédaient, les puissances triplèrent, et toutes formes de régulations et de normes de sécurité disparurent au profit d’une liberté totale du côté des constructeurs afin qu’ils se livrent la plus violente des batailles pour la beauté du spectacle. Il est facile de trouver sur Internet des vidéos de voitures enragées fonçant à bloc sur des foules en folie ne rêvant que de toucher les bolides en action. Le groupe B marque en effet un tournant dans la discipline. Dans les années 60, le rallye était une compétition entre voitures de route préparées pour le rallye par des passionnés ou des écuries. Par la suite, la FIA a complètement restructuré la chose, avec la création de catégories de compétition, des groupes allant de 1 à 5 suivants des puissances de véhicules croissantes.  

Cette restructuration a permis d’énormément populariser le sport dans un univers dominé par la F1, entrainant un inversement de logique de la part des constructeurs.  

En effet, dans les années 70, plusieurs constructeurs commencèrent à développer des voitures faites pour le rallye, et adaptées ensuite pour la route. Dans les années 80, on trouvait donc dans des concessions automobiles de pures voitures de rallye, uniquement équipées de clignotants : de véritables cercueils roulants.  

Le groupe B s’est arrêté en 1986, pour des raisons évidentes de dangerosité extrême, après la mort de deux pilotes suite à une sortie de route lors d’une course. Concernant les manquements à la sécurité, ils sont si nombreux qu’il est difficile de tous les mentionner.  

Premièrement, si les voitures devaient être équipées d’arceaux en acier afin de protéger les pilotes, ceci se révélait très lourd, réduisant ainsi les performances de ces dernières. Ainsi, les constructeurs les ont tout simplement manufacturés en carton puis déguisés avec de la peinture afin de tromper les inspections, et de contourner le problème. Mais la principale raison de l’arrêt brutal du groupe B fut le comportement des spectateurs. En effet, du côté des fans, le jeu était de toucher les voitures qui défilaient en course. Ainsi, il n’était pas rare de retrouver du sang ou des doigts sur les voitures en fin de rallye.  

Les années 80 furent donc le symbole des sacrifices ultimes en sport automobile ; la décennie de l’incessante poursuite de la vitesse, du déni de la raison et du bon sens, au profit de la performance et du spectacle. Les voitures étaient des démons, et les pilotes des dieux. 

-Louis Bornet

Fin de saison pour GEM En Débat !
Un grand merci à toutes celles et ceux qui nous ont soutenus cette année, à nos intervenants, à nos sponsors, et bien évidemment à l'ancienne équipe.
Au plaisir de vous retrouver d'ici quelque temps pour une année qui s'annonce prometteuse !

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